En 2009, la marque Sakina M'sa a été reconnue entreprise d'insertion par le ministère du travail. En juillet dernier, Sakina lance sa première ligne de robes haute couture avec le soutien de la Fédération française de la couture avant de s'envoler pour le Brésil où elle expose des installations à la frontière de la mode et de l'art contemporain à Sao Paulo et à Rio.
Il y a sept ans, la jeune créatrice lançait sa marque de prêt-à-porter. Depuis, Sakina a fait du chemin. Elle a ouvert une boutique dans le quartier de la goutte d'or à Paris. Ses vêtements sont distribués dans les grands magasins et espaces multimarques du monde entier. Dans ses créations, Sakina brise les codes et mélange les genres. Sur les traces de Yohji Yamamoto et Martin Margiela, sa mode est à la fois confortable et conceptuel. A l'heure de la mondialisation triomphante, elle privilégie le made in France, toutes ses pièces sont fabriquées dans son atelier à Barbès où elle emploie des personnes en situation d'insertion professionnelle.
Tous les vendredis, Sakina et son équipe offrent aux femmes de son quartier des cours de couture ou de maquillage, le tout, dans une ambiance conviviale et souvent autour d'un thé à la menthe : c'est l'esprit unique des ateliers Daika. Les habituées viennent du monde entier : Turquie, Sri-Lanka, Pakistan, certaines parlent à peine français, toutes ont soif d'apprendre et d'échanger. Pour rien au monde elles ne rateraient ce rendez-vous unique. Avec ces ateliers, Sakina rend hommage à sa mère. Lorsque cette dernière arrive en France, elle ne maîtrise pas la langue ni les codes de la société française. Enfant, Sakina lui sert d'interprète et de guide, un souvenir douloureux, elle n'a pas oublié les regards condescendants, les phrases blessantes et les mines apitoyées.
Sakina est sur tous les fronts, elle ne lâche rien, déborde d'énergie et n'oublie jamais d'avoir une petite attention pour les membres de son équipe. Et toute cette force, elle la puise dans sa différence : d'origine modeste, c'est avec sa grand-mère que Sakina apprend à transformer obstacles et difficultés en atouts. Elle le dit elle-même : « Je n'ai jamais manqué de rien. J'ai toujours fait avec ce que j'avais. » Sakina arrive en France à l'âge de 7 ans. Sa famille s'installe dans le quartier populaire de Noailles à Marseille... Pour la petite fille qui a grandi aux Comores, le dépaysement est total. A son arrivée, son rêve prémonitoire se réalise : les gens vivent vraiment dans de « grandes armoires géantes, rangés dans des tiroirs » comme elle l'imaginait...
Adolescente rebelle, Sakina organise son premier défilé à l'âge de 14 ans. Trois ans plus tard, elle gagne un concours de mode. Le jury lui offre une formation dans une école de mode à Marseille. Son diplôme en poche, elle monte à Paris pour un stage. Mais la proposition tombe à l'eau. A cette époque, Sakina habite Bagnolet. Elle propose à la mairie de sa ville de donner des cours de couture. Le succès est immédiat : ses élèves ont tous les âges. Sakina rebaptise ses cours : les ateliers du tissu social et organise un grand défilé à la gare Eurolines à Paris. L'événement attire de nombreuses personnalités. Dans le public, le philosophe Jean Baudrillard mais aussi l'acheteuse des galeries Lafayette qui dans la foulée, recense sa marque au « labo des créateurs ». La carrière de Sakina est lancée.
Pour réaliser ses rêves les plus fous, Sakina ne s'est jamais mis de limites et avec très peu de moyens elle a toujours fait des miracles...